Grâce aux mystérieuses cités d'or (dessin animé), je suis fasciné et très intéressé, sans me dire spécialiste, par les civilisations précolombiennes, notamment du Mexique. Le film de Mel Gibson apparaissait donc pour moi comme une sortie digne d'intérêt : j'allais pouvoir compléter mes connaissances en matière de civilisation maya. Or, il n'en est rien.
A en croire Mel Gibson, les Mayas n'étaient que des sauvages assoiffés de sang ; des indiens complètement dégénérés et prêts à tuer tout le monde et à tout massacrer. N'importe quoi !
PETIT HISTORIQUE DU SACRIFICE HUMAIN
Les Olmèques, premier peuple mesoaméricain, ne pratiquaient que très peu les sacrifices humains. Le développement de ce rituel remonte au IX° siècle lorsque les Toltèques, peuple guerrier venu du nord du Mexique, s'infiltrèrent dans les régions du Sud. Les Mayas, présents sur le tout le Yucatan (Péninsule de l'Est du Mexique), ne pratiquaient alors quasiment aucun sacrifice. Vers le X° siècle, les Toltèques attaquent les tribus du sud et de l'Est. Certaines tribus fuiront, recréant des villages dans les zones non saccagées ; d'autres mêleront leur culture à celles des Toltèques : c'est le début de l'ère dite Toltéco-Maya. A partir du XII° siècle, les Aztèques, d'anciens Toltèques épanouiront une riche culture autour de Mexico. Au coeur de cette culture étonnament religieuse et polythéiste, le sacrifice humain. Il faut savoir que les sacrifices étaient un rituel -les Aztèques, Toltèques et Mayas ne tuaient pas des hommes par plaisir- cela faisait partie de leur religion. En fait, ils pensaient que s'ils ne donnaient pas de sang à l'astre solaire, le soleil risquait de s'éteindre. C'est pourquoi de nombreux sacrifices eurent quasiment quotidiennement dans toutes les cités. Les sacrifiés, contrairement à ce que dit le film, étaient les prisonniers de guerre, de vaillants soldats qui s'étaient distingués lors des combats ou lors des jeux de balles -ollamantzli-, qui se pratiquaient beaucoup alors. En général, les joueurs qui gagnaient étaient destinés à devenir sacrifiés : leur victoire, signe de puissance, les rendait dignes d'être offerts à des dieux. Eux-même étaient souvent très fiers de devenir des offrandes pour les dieux qu'ils vénéraient. Le sacrifice représentaient pour eux une sorte de gloire. Les jours et les semaines précédant leur mort, les futurs sacrifiés étaient particulièrement bien traités. La veille du rituel, ils étaient soumis à des activités surhumaines, et à quelques heures du rite mortuaire, on les droguait et on les enivrait de façon à ce qu'ils ne voient pas "la mort en face".
L'arrivée des tribus espagnoles lors de la conquête, mit fin à ce rite et aujourd'hui, fort heureusement, les tribus du Mexique ne font plus de sacrifices humains. Les Lacandons, descendants directs des Mayas, vivent de la pêche et de l'agriculture.
CONCLUSION
La seule scène vraiment convaincante intervient à la 60° minute, lors de la cérémonie : pendant 20 minutes au moins, nous assistons à des sacrifices tels qu'ils étaient pratiqués. Mais c'est peut-être bien là le seul fait authentique, dont on soulignera par contre la parfaite reconstitution. On saluera également l'excellente interprétation des comédiens dont la plupart sont des indigènes non formés au métier.
Tout le reste possède une dimension historique erronée. Et la course poursuite de la dernière partie, n'est qu'une mascarade mensongère dont le but est de tenir le spectateur en haleine, sans même lui apprendre quelque chose. Que dalle ! S'il est relativement bien tourné, le film de Mel Gibson est à éviter. Si vous pensiez réellement découvrir le peuple maya, il faudrait repasser.