Inspirée d'un fait divers, cette histoire met en scène un homme confronté à une situation professionnelle inconfortable. Outre cette situation, il cherche à transformer la réalité auprès de ses proches. Sa volonté de gagner du temps en faisant croire que tout va bien l'amène à une chute lente et progressive.
Dans un premier temps, Vincent est confiant et optimiste. On le voit notamment lorsqu'il parvient à entrer au siège de l'UCDI se mêlant clandestinement à des cadres qui y rentrent. Mais peu à peu, VIncent s'enfonce. A la fin, Laurent Cantet le filme en train de s'enfoncer dans la nuit, sur un chemin au bout duquel ne semble apparaître aucune lumière. Pourtant, la lumière des phares d'une voiture qui passe veut signifier que tout n'est pas perdu, comme l'incarnation d'un espoir ou d'un salut. Le moment où Vincent touche le fond est lorsqu'il s'engage dans cette petite entreprise de contrefaçon. Embrigadé par le responsable, il voit en ce poste une façon de gagner de l'argent et de pouvoir rembourser tous les proches à qui il a fait appel pour financer sa vie secrète. Au début, une scène anticipe le futur du héros : lorsque Vincent roule le long d'une voie ferrée et qu'un train finit par le dépasser, allusion d'un homme qui finira par perdre pied, dépassé par les événements...
Ceux qui me connaissent savent mon engouement pour les films de Laurent Cantet : j'aime sa façon de filmer, d'aborder des drames psychologiques en mettant en avant des sujets d'actualité. Cantet fait aussi du très bon avec des acteurs totalement inconnus, et souvent non professionnels. On l'a vu dans Ressources Humaines où il filme de vrais ouvriers d'usine, dans Entre les murs où il fait jouer de véritables professeurs de collège et des élèves de 4° qui n'ont aucune formation au métier. Dans l'emploi du temps, le duo Karin Viard / Aurélien Recoing évolue au milieu de comédiens pris au gré des rencontres. AInsi, peu d'entre eux sont de véritables initiés au métier d'acteur. Malgré tout, à chaque fois, il en ressort une réussite. Ce qu'il y a de bien aussi chez Cantet, c'est qu'il ne s'embarasse pas de fioritures, de trucages ou d'autres effets spéciaux. Il filme ce qu'il y a à filmer, comme si ce qui se passait là parlait tout seul. L'emploi du temps est un drame mené tout en douceur et interprété de main de maître par deux acteurs bien dans leur rôle, et un scénario parfait.
L'emploi du temps n'est plus distribué dans le commerce depuis 2002. Il s'agit donc d'une oeuvre rare, récompensée d'un lion de l'année au festival de Venise. A noter la présence des petits Cantet, les propres enfants du réalisateur dans les rôles de Félix et de Marie.
Le dvd contient en bonus des interviews de Laurent Cantet et Son premier long métrage intitulé les Sanguinaires (voir critique dans l'article ci- dessous)
QUELQUES CRITIQUES PRESSE
"Ce troisième film de Laurent Cantet est une véritable merveille d'intelligence, de rythme, de justesse dans la mise en scène de la perte. On y mesure toute l'étendue du paradoxe qui fait de la fuite quelque chose à la fois de salutaire et de vain, c'est-à-dire de voué à l'échec. " (H. Raymond, fluctuat.net)
"Jonglant du début à la fin (avec son superbe pied de nez) sur l'ambivalence, des personnages (tous, sans exception), des situations, L'Emploi du temps est un film d'errance magnifié par les paysages hivernaux, une réflexion jamais pesante sur notre rapport au travail et sur les codes imposés par la société." (N. Saint-Bois, ouirock.com)
"le troisième long métrage de Laurent Cantet confirme le talent d'un cinéaste qui élabore une oeuvre sobre et irréprochable, aussi discrète que stimulante. " (L. Robert, Chronicart.com)
"Etrange, ce film d'un réalisateur décidément diablement intéressant, Laurent Cantet, à qui l'on doit, en guise de coup d'essai-coup de maître, Les Ressources humaines, incursion criante de vérité dans le monde de l'entreprise et les conflits de milieux sociaux." (A. Coppermann, les Echos)




